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Pour comprendre la médiation familiale

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La semaine mondiale de la médiation s’annonce, une occasion de mieux connaitre ce mode de résolution des conflits au moment du divorce ou d’une séparation. Pascal Anger médiateur familial DE et psychothérapeute familial et de couple répond à nos questions autour de la médiation familiale.

La semaine  mondiale de la  médiation s’annonce, une occasion de mieux connaitre  ce mode de résolution des conflits au moment du divorce ou d’une séparation. Pascal Anger médiateur familial DE et psychothérapeute familial et de couple répond à nos questions autour de la médiation familiale.

Faire mieux connaitre la médiation familiale au grand public

Lorsque le couple conjugal n’est plus, la famille continue…

SOPHIE MADOUN : La médiation familiale une grande inconnue dites-vous ?

PASCAL ANGER : Oui , et pourtant, depuis une trentaine d’année maintenant , la médiation s’est installée en France, elle  a certes acquis une meilleure lisibilité avec un accès beaucoup plus large au public et une volonté politique de développement mais ce n’est pas suffisant , la plupart des gens qui vivent un conflit , un divorce une séparation, se tourne d’abord vers la justice .Or la justice tranche le litige mais souvent le conflit perdure.

La médiation familiale souffre néanmoins encore de méconnaissance, malgré les différentes campagnes de promotion menées…

Aujourd’hui encore de nombreuses personnes  disent «  si on avait connu la médiation familiale avant les choses ne se seraient pas enkystées comme ça. »

La médiation familiale un travail qui cherche à éviter les conséquences majeures et douloureuses, notamment pour les enfants d’un conflit qui perdure.

La médiation familiale a pour but de renouer le dialogue dans l’intérêt de l’enfant, le médiateur fait du sur mesure en s’arrêtant sur les sujets qui concernent la responsabilité parentale. Tous les sujets peuvent être abordés, la scolarité, la santé, les sorties, le budget consacré à l’enfant…

 Sophie Madoun : Qu’est-ce que la médiation familiale ?

PASCAL ANGER :Je vais reprendre la  définition du conseil national de la médiation «  La médiation familiale est un processus de construction ou de  reconstruction du lien familial axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernés par des situations de rupture ou de séparation dans lequel un tiers impartial, indépendant, qualifié et sans pouvoir de décision, le médiateur familial, favorise à travers l’organisation d’entretiens confidentiels leur communication , la gestion de leur conflit, dans le domaine familial, étendue dans sa diversité ».

La médiation familiale est une parenthèse qui donne à chacun la possibilité de s’exprimer sur son ressenti, d’être écouté et compris sans se sentir jugé.

Et le médiateur ?

PASCAL ANGER : Le médiateur est un tiers impartial, sans pouvoir de décision qui se met au service des décisions mutuellement élaborées par le couple. Il ne résout pas le conflit, mais se place en position de facilitateur. Sa posture de non jugement, de neutralité et d’impartialité favorise la communication..

Pourquoi vouloir entamer une médiation familiale ?

PASCAL ANGER : Les personnes prennent rendez-vous en ayant une vague idée de la médiation, ils ne savent pas très bien ce qu’ils peuvent en attendre. Dans un premier temps nous allons repréciser ensemble leurs besoins et leurs attentes.

Ils peuvent venir avant, pendant ou après une séparation…

Avant pour une aide à la prise de décision

Pendant pour travailler ensemble tous les points concrets de cette séparation

Après parce que la vie a changé, les enfants ont grandis, les conjoints ont refait leur vie et qu’il faut réaménager certains points.

Ils viennent souvent seul à la première séance, nous allons voir ensuite ensemble comment faire venir l’autre.

Ensuite, nous allons tenter de rétablir une communication perdue,  Identifier ensemble  les sources du conflit.

Aborder le quotidien de la famille après séparation

On Parle des aspects concrets de la séparation, planning de l’enfant, scolarité, santé, les pratiques religieuses, ses relations avec la famille élargie, les relations avec les beaux-parents… Ou tout autre point qui vous préoccupe autour de cette séparation.

Et ça se passe comment ?

PASCAL ANGER : D’abord l’entretien d’information non engageant au cours duquel le médiateur familial présente les objectifs, le cadre et le contenu. Les thèmes qui pourront être abordés. Soit les parties acceptent le processus de médiation soit les parties ou une des parties refusent. Les médiateurs familiaux peuvent proposer aux parties de se tourner vers un autre dispositif plus adapté à la situation  tel que psychothérapie individuelle, de couple, ou familiale… Les parties peuvent donc refuser la médiation en toute connaissance de cause après l’entretien d’information.

Combien de temps dure une séance de médiation familiale ?

PASCAL ANGER : Les entretiens de médiation d’une durée de 1H, 1H30 varient en fonction des sujets abordés .Une séance avec intervalle de trois semaines pendant six mois environ suivant les points et les difficultés évoqués.

Durant les séances les parties parlent de tous les points concrets de la séparation et ce dans l’intérêt de l’enfant.

A la dernière séance les accords des parties peuvent aboutir à un protocole d’accord écrit remis à chacun (aucune obligation). Le protocole peut être homologué par le juge aux affaires familiales.

ON REÇOIT TOUT LE MONDE ?

PASCAL ANGER : Oui, Le médiateur peut recevoir toutes les personnes de la famille qui sont en conflit ou en rupture de communication, des parents en conflit avec leur enfant des grands parents qui ne voient plus leur petit enfant, des adolescents qui sont en rupture de communication avec leurs parents. Des incompréhensions dans la fratrie, déchirement autour d’un d’héritage, difficultés autour des décisions à prendre autour d’un membre de la famille âgé… Si les parties trouvent une ou des solutions pour sortir de l’impasse, Le juge pourra homologuer le protocole d’accord.

Le médiateur est un tiers neutre, qui respecte la neutralité, la confidentialité, l’impartialité. Le médiateur n’est ni juge, ni arbitre. Il a pour rôle d’amener les protagonistes à trouver par eux-mêmes une solution convenant à chacun, au lieu de se voir imposer une décision par la justice.

Dans les cas de situations conflictuelles on peut être amené à faire une médiation avant que la procédure de divorce soit engagée pour ramener du dialogue et tenter de trouver des solutions à l’amiable. Enterrer la hache de guerre et se dire qu’il n’y a pas de perdants ni de gagnants.

Et la fin de la médiation ?

PASCAL ANGER : La procédure est engagée et le couple ne parvient pas à s’entendre, le juge aux affaires familiales peut proposer une séance  d’information, voire d’imposer une séance de  médiation en cas de problèmes graves concernant les enfants. Imposer la médiation n’est semble-t-il pas la meilleure chose néanmoins cela oblige l’autre partie à entendre une autre position que la sienne. La médiation ne peut commencer que si les parties concernées ont donné leur accord.

-l’un des époux ou l’un des concubins la demandent ou mieux les deux parties sont d’accord pour venir en médiation.

Les avocats des parties ne sont pas présents ?

Il ne s’agit pas d’une discussion « juridique », les avocats peuvent toutefois être présents tout au long du processus, il ne s’agit pas de les exclure…Ils peuvent aussi être présents lors de la dernière séance pour formaliser les accords des parties. Rajoutons que  Les avocats peuvent être consultés par les parties tout au long du processus de médiation.

La médiation familiale s’appuie sur des principes éthiques de liberté, de responsabilité et de compétences des personnes. La médiation doit être volontaire pour que cela est un sens, que les deux parties aient envie de faire un pas l’un vers l’autre, qu’ils aient envie d’enterrer la hache de guerre, de faire des concessions , qu’ils aient envie de s’écouter autour des griefs, des impossibilités à pouvoir continuer ensemble.

L’idée de la médiation c’est de permettre d’enterrer la hache de guerre.

Le processus de médiation familiale peut être difficile est douloureux ?

PASCAL ANGER : Oui, cela peut paradoxale, de  s’assoir l’un en face de l’autre pour se parler alors qu’ils n’ont plus envie de se voir.   La médiation familiale peut être interrompue à tout moment par les parties ou par l’une des parties ou par le médiateur si les parties ne se respectent pas et s’insultes par exemple.

 Qui est le médiateur familial ?

 PASCAL ANGER : Le médiateur familial est un professionnel formé à l’écoute et à la négociation. Il a souvent fait des études de psychologie ou du droit.

La formation de médiateur familial est à la croisée du psychologique, su social et du juridique.

Le médiateur familial, indépendant, permet au couple en présence, de se sentir en sécurité pour parler et entendre l’autre. Cet échange donne la possibilité de se rencontrer et d’aborder ensemble leurs préoccupations, afin de prendre des décisions qui les concernent.

Le conflit ou la rupture de communication est souvent la porte d’entrée dans le processus de médiation familiale.

Que ce soit une médiation familiale de type « conventionnelle » (démarche à l’initiative d’une ou des personnes concernées) ou d’une « médiation judiciaire » (ordonnée par un magistrat), dans les deux types de situations, le cadre, les règles et les principes déontologiques s’appliquent de manière identique.

Venir en médiation le plus tôt possible ?

PASCAL ANGER : Oui, cela semble préférable, si la médiation familiale est utilisée avant que les conflits ne se cristallisent et n’entrent pas  sur la scène judiciaire, il y a  plus des chances que des solutions créatives puissent être trouvées en sauvegardant les relations importantes tissées entre les enfants et les adultes.

Le médiateur familial peut aider à rapprocher les conjoints en opposition sur la question de la résidence des enfants sur la question financière  ou sur les modalités d’hébergement et de droit de visite.

Le conflit est pris en compte comme une opportunité de changement.

Le médiateur familial considère que le couple est capable de s’affirmer, de se responsabiliser et de trouver des solutions.

MAIS DE QUOI PARLE T’ON ?

De tous les points concrets de la séparation, on peut se rencontrer lors d’un entretien d’information comme nous l’avons dit précédemment au cours duquel le médiateur évalue les besoins de chacun et l’adéquation avec la médiation, après que chacun ait donné son accord nous pouvons nous engager dans un processus de médiation familiale, les séances sont organisées.

ET LA DURÉE ?

PASCAL ANGER : D’une durée d’une heure trente, les séances se déroulent sur une durée de deux à six mois. Si les parties parviennent à un accord, un écrit peut –être rédigé. Le médiateur veille à l’équité de cet accord et sa conformité avec la loi.

Avant d’entamer des démarches judiciaires il est donc possible de s’informer, pendant la séparation pour communiquer et trouver des solutions autour du calcul de la pension alimentaire, de l’organisation autour de l’enfant, école privé ou publique, de la place des grands parents après séparation, autant d’exemple de choses dont on peut parler en médiation familiale…

Après la séparation on peut venir parler de la médiation familiale lorsqu’il y a une recomposition familiale et que les enfants ont grandis et que monsieur et ou madame sont dans une recomposition familiale ou qu’ils rencontrent une difficulté pour se parler.

La médiation familiale est-elle adaptée à tous les couples en séparation ou en divorce ?

PASCAL ANGER : Non, la médiation familiale n’est pas adaptée à tous les couples notamment les couples dont la relation est violente ou pathologique ceux pour qui le besoin de conflit l’emporte et ne sont pas en capacité de prendre du recul et de se remettre en question. Lorsqu’il y a violence conjugal, il est important que la loi soit dite avant d’imaginer mettre une médiation familiale en place.

La médiation familiale peut amener le couple à reconsidérer la  relation qu’ils ont faite et défaite ensemble au lieu d’en appeler à la justice pour punir l’autre de l’échec du couple.

La scène judiciaire est le dernier lieu pour penser et panser ses souffrances.

Lors des séances de médiation vous dites que l’on parle beaucoup du mode de garde, existe-t-il un mode de garde idéal ?

PASCAL ANGER : La médiation aide les parents à réfléchir sur un mode de garde plus équilibré, le mode de garde de l’enfant ne se construit pas dans l’asymétrie ou dans l’opposition. Il est important que les parents aient un lieu pour en parler et pour entendre et comprendre le ressenti et le besoin de l’autre parent, mais aussi de l’enfant. On peut dire qu’en médiation familial nous faisons du sur mesure c’est-à-dire que nous allons nous adapter au mode de vie de chacun et au besoin de cette famille en reconstruction. En cela nous pouvons dire qu’Il n’y a pas de mode de garde idéal. Chaque famille est singulière. Ce Qui est souvent compliqué pour les parents, c’est d’imaginer être séparé de son enfant une semaine surtout lorsqu’il est petit. Le père ne doit pas être exclu de la relation avec son enfant lorsque ce dernier est petit sinon la relation risque de se déliter. Il est important que le père  continue d’exister dans le quotidien de l’enfant..

Mais comment ?

PASCAL ANGER : La mère peut lui parler de son père on peut aussi utiliser,  skype, sms, facetime etc…

Même si le couple est en grande difficulté il est important de ne pas dénigrer l’autre parent et accepter qu’il ait  une place pour l’enfant.

Etes-vous favorable à une garde alternée automatisée ?

PASCAL ANGER : Le médiateur familial ne donne pas son avis, ni de conseil, il aide le couple à trouver les solutions les plus justes pour lui …

Non encore une fois je crois que chaque famille est singulière, et qu’il est important et même primordial d’écouter les besoins de chacun. Il est important que les pères ne soient pas là que pour les loisirs de l’enfant, mais puissent avoir une véritable implication dans le quotidien et l’éducation de leur enfant cela demande du temps.

On peut penser qu’une garde alternée puisse se mettre en place progressivement, prendre le temps que chacun trouve ses repères et gagne de la confiance. Si la garde alternée se mat en place, je crois que la fréquence la plus pratique est de se fixer sur les rythmes scolaire, mais chaque famille est différente cela dépend du mode de vie, du métier des parents etc… A, L’adolescence d’autres difficultés peuvent se présenter, les ados souhaitent rester dans leur chambre, il est difficile pour eux de déménager toutes les semaines c’est de ses sujets dont nous parlons en médiation Pouvoir se parler autour de ce qui se passe du bien-être de l’enfant c’est important. La médiation familiale offre cette possibilité.

La famille est toujours en mouvement, c’est pour cette raison qu’il ne me semble pas utile d’automatiser la garde alternée de plus on n’est pas 50 pour cent du temps avec l’un 50 pour cent du temps avec l’autre… Il faut trouver une certaine souplesse et harmonie dans ce que l’on met en place.

Il est important d’être bien organisé , d’être souple et de bien communiquer l’un avec l’autre si l’on souhaite que la garde alternée fonctionne, un tiers peut être utile à certains moments pour se réajuster dans nos besoins et notre communication.

La garde alternée peut-elle être néfaste ?

PASCAL ANGER : Si les parents ne sont pas en parfaite harmonie. Si les parents se font la guerre cela peut être néfaste. Le conflit des parents n’est jamais bénéfique aux enfants. Il est important que l’enfant ne soit pas pris entre deux feux et que les parents ne l’obligent pas à choisir entre l’amour de l’un et l’amour de l’autre. Mettre de cote ses droits pour entendre les difficultés et les besoins de l’enfant me parait être très utile. Il y a souvent une confusion entre égalité du temps et égalité d’amour.

L’essentiel est la qualité du lien et non la quantité.

La séparation interroge aussi la place de l’enfant ?

PASCAL ANGER : Bien sûr,  l’une des premières questions que pose l’enfant au moment de la séparation de ses parents est » ou vais-je habiter ?  que vais-je devenir ?  ». C’est un drame pour toute la famille, C’est un moment particulier l’annonce d’une séparation. Même si les divorces et les séparations se banalisent,  il n’en reste pas moins, que les enfants ont besoin qu’on leur disent un certain nombre de choses, ce n’est jamais de la faute d’un enfant  si les parents se séparent, l’enfant a besoin d’être rassuré et de comprendre ce qui va advenir. L’enfant a souvent peur de poser des questions, trop souvent il se mure de peur de mettre en colère les parents ou de les rendre triste.

L’enfant a besoin de savoir qu’il  aura toujours un toit et même deux. L’enfant a le droit d’accéder à ses deux parents. Il n’y a pas de séparation sans tristesse… La médiation familiale invite les parents à garder une communication car il est vrai que l’enfant est trop souvent le grand oublié dans cette affaire. La médiation familiale permet aux enfants de pouvoir s’exprimer en face d’un tiers non concerné par cette séparation, ce qui a pour conséquence d’apaiser les angoisses, les problèmes, et la souffrance. Il convient que chacun, puisse se réajuster pour une relation heureuse avec l’enfant et un lien plus apaisé dans son intérêt.

 

 

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