Les pays les plus touchés n’ont pu arrêter le variant anglais qu’avec un confinement strict : Royaume-Uni, Irlande, et Portugal. Alors, faut-il un confinement strict pour arrêter les variants? Voici l’avis du Conseil Scientifique.

Les pays les plus touchés n’ont pu arrêter le variant anglais qu’avec un confinement strict : Royaume-Uni (confinement strict national le 4 janvier), Irlande (confinement strict national le 30 décembre), et Portugal (confinement strict national débuté le 15 janvier et complété par la fermeture des écoles le 21 janvier ; en attente de résultats). Faut-il un confinement strict pour arrêter les variants? Les membres du Conseil Scientifique nous éclairent.

QUE SAIT-ON DU VARIANT SUD-AFRICAIN ?

  • Du 20-24 janvier il a été présent dans 1% des prélèvements positifs,  dans l’enquête IDF

 

  • Même s’il n’existe pas de données quantifiées sur une plus grande transmissibilité du variant sud-africain (sa prolifération en Afrique du Sud pourrait être due à son avantage sélectif dans une population à très haute prévalence d’infection par le SARS- CoV-2 traditionnel), la présence de la mutation N501Y associée à une plus grande capacité à infecter les cellules, et la survenue d’un cluster de plus de 100 cas à Ostende (Belgique), plaident en faveur d’une plus grande transmissibilité.

30 à 40% d’efficacité vaccinale en moins

  • Les résultats de l’essai Novavax (sous-unitaire) estiment l’efficacité vaccinale à 89% dans l’essai réalisé en Angleterre (avec une efficacité estimée à 86% sur le variant anglais), mais seulement 50% en Afrique de sud (93% des cas étaient dus au variant SA ; 94% de la population d’étude est VIH- ; un tiers de la population de l’essai avait une sérologie positive pour le SARS-CoV-2). Ces données font craindre un échappement vaccinal avec le variant sud-africain qui pourrait limiter la portée de la campagne vaccinale en cours en France si le variant sud-Africain se

 

  • le variant SA est moins sensible aux vaccins, aux anticorps de sujets déjà infectés, aux anticorps monoclonaux. Cette moindre sensibilité est en soi un problème, de plus elle pourrait favoriser l’apparition de mutants résistants à l’intérieur de la population virale Sud Africain.Les données avec les vaccins Pfizer et Moderna montrent également une diminution de l’ordre de 30 à 40% de l’efficacité vaccinale sur le variant sud-africain.

C’est le variant Sud-Africain qui circule à 30% en Moselle et dans les départements limitrophes (et ce variant circule déjà sur l’ensemble du territoire national, comme le variant anglais). L’origine de ce virus Sud-Africain serait peut-être lié à la contamination d’un militaire revenant de Mayotte le 24 janvier 2021 avec une réunion de militaires du Grand-Est à Epinal.

Quelle stratégie adopter avec le variant Sud-Africain?

Deux études ont été réalisées indépendamment pour anticiper l’effet d’un confinement dans le contexte d’émergence du coronavirus variant anglais VOC 2020/01, à partir des modèles développés par l’Institut Pasteur et par l’Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique (INSERM, Sorbonne Université).

Les modélisations montrent que si l’on reste sur la trajectoire actuelle, on peut s’attendre à ce que le nombre d’hospitalisations dépasse rapidement celui observé durant la première vague de la pandémie.

Avec un confinement strict de 4 semaines, on observe une décroissance forte de l’incidence et des besoins hospitaliers, avec environ 5000 cas détectés à son issue;

Si le confinement est retardé d’une semaine, il faudra une semaine de plus pour atteindre l’objectif de 5000 cas. Cela veut dire que la remontée des cas sera également décalée d’une semaine, laissant plus de temps pour la mise en place d’une stratégie de contrôle et traitement en sortie de confinement.

Un confinement précoce permet de gagner du temps à un moment critique. La reprise de la circulation épidémique à l’issue du confinement aura lieu dans un contexte où vaccination et nouveaux traitements seront davantage disponibles et pourront réduire l’impact de la circulation du virus sur le système de santé. Ces éléments, qui ne sont actuellement pas pris en compte dans les modèles, font que les scénarios de sortie représentent une limite haute sur l’évolution de la situation au mois d’Avril.

Un confinement strict le plus rapidement possible est indispensable

Ces analyses montrent que l’émergence de variants du virus va rendre le contrôle de l’épidémie en France encore plus difficile dans les mois qui viennent. Si nous ne réussissons pas à endiguer la progression du virus avec des mesures fortes, nous risquons d’être confrontés à des pics épidémiques similaires à ceux observés en mars-avril et novembre 2020 voir plus élevés. La vaccination, l’arrivée de nouvelles stratégies thérapeutiques et un renforcement important du tester-tracer-isoler pourrait contribuer à contenir l’impact de l’épidémie à la sortie du confinement. Concernant le renforcement de la stratégie de tests que nous modélisons, il faut cependant bien garder à l’esprit que l’objectif d’isoler dans des délais très rapides 3 personnes infectées sur 4 reste extrêmement ambitieux et optimiste. On ne peut donc malheureusement pas exclure à ce stade les scénarios plus pessimistes sur la reprise de l’épidémie après le confinement.

LE VARIANT ANGLAIS

Le variant anglais est très largement majoritaire en Angleterre et en Irlande depuis la fin-décembre

Les données récentes montrent une augmentation de la transmission de 40% à 70% supérieure au virus traditionnel (non-VOC) (Volz et al) en ce qui concerne l’Angleterre et peut- être une légère augmentation de la gravité. L’augmentation de la transmission de ce variant se voit dans toutes les classes d’âge, y compris chez les enfants. Seules des mesures de contrôle fortes ont permis un contrôle de la circulation du virus dans les trois pays les plus touchés : le Royaume-Uni, l’Irlande, et le Portugal. Une fois adoptées, ces mesures ont été rapidement efficaces, notamment en Irlande et au Portugal.

Le Portugal a eu un impact important de l’arrivée du variant anglais après les fêtes de fin d’année avec un retentissement majeur sur le système de soins. La plupart des autres pays européens ont un niveau du variant anglais autour de 30%, en train de devenir majoritaire avec la même cinétique que ce qui a été observé a posteriori pour le même variant en Angleterre. Dans la majorité des pays européens, il existe une hétérogénéité régionale qui reste inexpliquée.

On peut donc considérer que le variant anglais sera le virus majoritaire dès mars 2021 en Europe de l’ouest.

 

Le Conseil scientifique n’est pas unanime sur l’intérêt respectif d’un Scénario 1 ou d’un Scénario 2 et est conscient des conséquences sociétales et économiques qui en résultent.

 

Dans tous les cas, les décisions sur les mesures à prendre relèvent de l’autorité politique