A l’heure où la « deuxième vague » du Covid-19 coïncide avec la saison des infections virales hivernales (ex : grippes,…), voici une enquête Ifop à l’occasion de la journée mondiale du lavage des mains.  Alors, les Français et les gestes barrières, le grand relâchement ? Réponses.

Organisée le 15 octobre avec le soutien de l’Unicef, la « Journée mondiale du Lavage des mains » prend cette année un sens très spécial dans un contexte où le respect des règles en matière d’hygiène des mains est devenu un enjeu de santé publique de premier plan dans la lutte contre la propagation du coronavirus. A l’heure où la « deuxième vague » du Covid-19 coïncide avec la saison des infections virales hivernales (ex : grippes, bronchiolites, gastroentérites…), la question se pose notamment de savoir si les bonnes pratiques observées durant le confinement s’ancrent durablement dans la culture hygiénique des Français ou si elles s’érodent au fil du temps. Réalisée pour Unbottled en partenariat avec Le Parisien, cette enquête de l’Ifop montre que si les taux d’observance en matière de lavage des mains avaient atteint des niveaux inégalés durant le confinement, l’été et l’automne ont plutôt entraîné un certain relâchement, notamment dans des catégories de Français particulièrement réfractaires aux gestes barrières comme les jeunes et les anti-masques.

Le respect des « gestes barrières » observé durant le confinement…

A partir de l’apparition des premiers cas de Covid-19 en France (fin janvier), les campagnes de promotion des « gestes barrières » contre la transmission manuportée et cutanée du virus ont provoqué des changements radicaux dans les pratiques hygiéniques des Français, en particulier en matière de lavage des mains et de précautions en cas de toux ou d’éternuements.

Alors que les Français étaient restés jusque-là plutôt hermétiques aux messages martelés chaque hiver par les autorités sanitaires (cf Baromètre Santé 2016, Baromètre Santé 2010, Nicolle 2006), la comparaison d’une étude menée durant le confinement (Ifop/ Depanneo du 21 au 23 mars) avec des données recueillies juste avant l’éclatement de la crise (Ifop/Diogène-France.fr du 31 janvier au 3 février 2020) montre que les taux d’observance en matière d’hygiène des mains ont atteint durant cette période d’isolement des niveaux records.

Les données recueillies fin mars montraient ainsi un niveau exceptionnellement élevé dans la pratique systématique du lavage des mains après avoir pris les transports (70%, contre 45% en janvier 2020 et 35% en 2016), avant de passer à table (81%, contre 49% en janvier 2020) ou de faire la cuisine (81%, contre 69% en janvier 2020 et 63% en 2016).

De même, elles montraient un respect massif des précautions à prendre en cas d’éternuement – 69% se couvrent systématiquement avec un bras lorsqu’ils toussent contre 41% en 2016 – ou de contacts avec des sécrétions nasales : 56% des Français se lavaient alors les mains après s’être mouchés, soit une proportion deux fois supérieure à celle observée deux mois avant (25% en janvier 2020) et quatre fois plus élevée qu’en 2006 (15%).

… s’avère de moins en moins strict depuis cet été, notamment chez les jeunes

Cependant, force est de constater que depuis cet été, ces gestes barrières ne sont pas devenus des gestes naturels…  Au contraire, en dépit du choc provoqué par la crise et l’ampleur des messages de prévention sanitaire martelés durant des mois, la tendance semble plutôt au relâchement qu’à un ancrage durable de ces bonnes pratiques dans la culture hygiénique des Français.

Par rapport aux taux d’observance mesurés durant le confinement, le respect des consignes en la matière apparaît en retrait dans la plupart des aspects de la vie quotidienne. Les Français sont ainsi nettement moins nombreux qu’au printemps à se laver systématiquement les mains en rentrant chez eux (63% en octobre, contre 75% en juillet et 86% en mars), avant de passer à table (65%, contre 81% en mars) ou après s’être mouchés (37%, contre 56% en mars).

De même, les Français sont moins nombreux à se couvrir avec un bras ou un mouchoir lorsqu’ils toussent (56% en octobre, contre 62% en juillet et 69% en mars), à utiliser des mouchoirs à usage unique (53% en octobre, contre 58% en juillet et 63% en mars) ou à toujours se laver les mains après être allés aux WC (77% en octobre, contre 81% en mars).

La proportion de personnes se lavant les mains après avoir pris les transports est, elle, en baisse par rapport à cet été (-10 points par rapport à juillet) mais elle est stable par rapport à mars (70%), ce qui s’explique sans doute par le fort niveau d’inquiétude qu’ils suscitent en termes d’exposition au virus : métro, bus, tramway ou trains étant de loin les modes de déplacement les plus anxiogènes chez les citadins (étude Ifop/Caroom – septembre).

Des « anti-masques » en pointe dans l’opposition aux bonnes pratiques en matière d’hygiène des mains

Enfin, le refus d’appliquer les consignes en matière d’hygiène des mains apparaît étroitement corrélé au refus de porter des masques.

La proportion de Français se lavant toujours les mains en rentrant chez eux est ainsi deux fois plus faible chez les Français portant rarement un masque en dehors de leur domicile (30%) que chez ceux en portant systématiquement (79%). De même, le respect des consignes en matière d’hygiène des mains est toujours plus faible chez les Français opposés au port du masque dans les lieux publics que chez ceux qui le trouvent justifié.

Le point de vue de François Kraus, directeur du pôle Actualités de l’Ifop

Si la COVID 19 a mis en évidence le rôle de l’hygiène des mains dans la lutte contre le manuportage (transmission du virus par le contact des mains), ce virus n’est pas pour autant à l’origine d’une révolution dans la culture hygiénique des Français. Certes, la notion de « gestes barrières », inconnue du grand public il y a encore un an, semble être entrée dans les esprits, et les taux d’observance en matière de lavage des mains ont tous progressé par rapport au début de l’année. Cependant, il est clair que les Français peinent à respecter aussi scrupuleusement les consignes qu’à l’époque du confinement, sans doute parce que le lavage des mains n’est plus aujourd’hui le seul moyen de protection dont ils disposent. Dans un pays où les mauvaises habitudes en matière d’hygiène semblent profondément ancrées dans « l’habitus » culturel de la population, marteler l’idée selon laquelle le lavage des mains – au savon ou au gel hydroalcoolique  – est essentiel pour prévenir la transmission des infections virales hivernales reste donc un défi à relever pour les autorités.

 

 

*« Étude Ifop pour Unbottled réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 7 octobre 2020 auprès d’un échantillon de 1 014 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.  »