Moby Dick, Vingt mille lieues sous les mers, Le grand bleu ou Sauvez Willy, les créatures des profondeurs, en littérature comme au cinéma, ont toujours nourri notre imaginaire. Le monde mystérieux des cétacés nous fascine. Découverte.

Baleinopolis est la nouvelle exposition de l’Aquarium tropical de la Porte Dorée. Les visiteurs à un voyage merveilleux à la rencontre des baleines à bosse, cachalots, orques et dauphins. Une plongée au plus près de leurs sociétés secrètes et à la découverte de l’univers encore largement méconnu du monde mystérieux des cétacés.

Illustrée de recherches et de témoignages de scientifiques renommés, l’exposition permet de mieux comprendre ces extraordinaires mammifères et de mieux les protéger. Comment les cétacés s’organisent-ils pour vivre dans les océans ? Quels sont les effets des activités humaines sur ces espèces ? Leur survie est-elle menacée ? Conçue en quatre grands chapitres– quels sont les modèles des sociétés des cétacés ?, Pourquoi les cétacés vivent ensemble ?, Comment les cétacés structurent leurs sociétés ?, Comment les activités humaines impactent les sociétés des cétacés ? – l’exposition guide le visiteur dans les profondeurs de l’océan et dévoile au public la nature et le fonctionnement de ces sociétés singulières.

Objets, vidéos, sons et dispositifs interactifs proposent un voyage aux portes d’un monde exceptionnel et souvent inaccessible, celui de quatre espèces emblématiques : la baleine à bosse, le cachalot, l’orque et le dauphin. Une programmation cinématographique et artistique accompagne l’exposition.

Avec Baleinopolis, l’Aquarium tropical, acteur de la conservation et de la protection de la biodiversité aquatique, souhaite sensibiliser les visiteurs aux enjeux de la préservation de l’océan et des espèces marines, développer leur esprit scientifique et leur engagement citoyen.

Le saviez-vous ?

Il existe 89 espèces de cétacés qui se distinguent par leur taille, leur anatomie, leurs couleurs, leurs habitats…

3 questions à Olivier Adam

Commissaire de l’exposition, spécialiste en bioacoustique, Professeur à Sorbonne Université

Comment les avancées scientifiques contribuent-elles à la protection des cétacés ?

Hermann Melville, l’auteur de Moby Dick, a écrit son roman sans même savoir si ce terrible » cachalot était un poisson ou un mammifère. C’est aujourd’hui un animal qui fascine les chercheurs. La science a avant tout permis une évolution du regard sur ces animaux. Ils sont devenus des ambassadeurs de la vie océanique. Car mieux connus, ils deviennent plus importants à nos yeux. Pensez au changement de statut des chiens. Ils passaient leur vie au fond du jardin de mes grands-parents, ont commencé à entrer dans la maison de mes parents, dorment quasiment aujourd’hui dans le lit de mes enfants !

Plus prosaïquement, les études, notamment acoustiques, permettent de mieux caractériser les activités humaines et de mieux évaluer leurs impacts directs sur les cétacés et leur environnement. Il s’agit de contribuer des actions de conservation voire de régulation pour continuer à les protéger.

Le Humpback Whale World Congress, que vous avez cofondé avec l’association Cetamada, rassemble tous les deux ans des scientifiques, artistes, associations mais aussi des industriels. N’est-ce pas contradictoire ?

Au risque de passer pour un naïf, je suis convaincu qu’il ne faut diaboliser personne a priori. Et qu’il y a des avancées significatives qui vont au-delà du symbole, avec notamment l’apparition de régulations des activités océaniques, comme au Canada. À Vancouver, les supertankers les moins bruyants paient moins de taxes sur le port. Le Québec a interdit la pêche au crabe responsable de l’échouage de baleines franches. En France, l’entreprise Éoliennes en mer dote ses installations d’un système pour assourdir les sons. Et les régions côtières doivent désormais définir un plan d’action conciliant le développement des activités humaines et la protection environnementale.

Ses actions vous semblent-elles à la hauteur des enjeux ?

La régulation sur terre et dans les airs existe. Qu’elle commence à se développer dans les mers est une réelle avancée, même si ce n’est pas partout sur la planète. Bien que tardive, la conscience de l’urgence environnementale est là. Chacun, vraiment, a un rôle à jouer. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas souhaité hiérarchiser, dans l’exposition, toutes les menaces qui pèsent sur les cétacés. Dire que la pêche intensive est plus dangereuse que le plastique, les collisions dues au trafic maritime ou la pollution sonore, c’est, pour chaque acteur, se décharger de sa propre responsabilité. Les mentalités évoluent, y compris chez les professionnels. C’est récent : certains incluent le respect de l’environnement marin dans leur stratégie économique.

Le parcours de l’exposition Baleinopolis le monde mystérieux des cétacés

A l’aide de bornes tactiles installées tout au long du parcours, les visiteurs découvrent de nombreux témoignages d’experts sur les baleines à bosse, les cachalots, les orques et les dauphins.

PARTIE 1 : Quels sont les modèles des sociétes des cétacés ?

Pour assurer leur survie, ces différentes espèces de cétacé ont développé leurs propres stratégies de vie en société et s’organisent pour les activités essentielles telles que la reproduction, l’alimentation ou encore les déplacements.

Mis à part pour satisfaire les activités vitales, les liens sociaux entre les baleines à bosse sont assez lâches, seule la relation entre la mère et son baleineau est stable, ces derniers restants un an ensemble. A l’inverse, les orques évoluent au sein de groupes familiaux, la mère garde ses petits tout au long de sa vie.

Les dauphins ont, quant à eux, des groupes plus petits, allant de deux à une dizaine d’individus. Leur groupe est basé sur le système fusion-fission, c’est-à-dire qu’ils vont s’assembler à d’autres groupes puis s’éloigner, en fonction de leurs activités.

Enfin, les cachalots femelles restent dans les eaux tempérées où elles gardent leurs petits pendant que les grands mâles vont s’alimenter dans les eaux froides et ne reviennent dans ces communautés de femelles que pour se reproduire.

Les témoignages d’experts :

Phil Clapham, directeur du National Marine Mammal Lab’s Cetacean Assessment and Ecology Program (Seattle, USA), explique la différence qu’il peut y avoir entre un groupe social de baleines à bosse, d’orques ou de cachalots. On y apprend notamment que les baleines se transmettent toutes sortes d’informations et de marqueurs culturels : chants, techniques de chasse, déplacements sur les routes migratoires.

Denise Herzing, fondatrice et directrice de recherche du Wild Dolphin Project (Florida,USA) est spécialisée dans l’étude des comportements naturels et de la communication des dauphins tachetés de l’Atlantique. Elle travaille sur la mise au point d’un ordinateur capable de traduire les sifflements des dauphins en sons humains et communique avec eux grâce à une tablette munie de haut-parleur. Une expérience étonnante !

PARTIE 2 : Pourquoi les cétaces vivent ensemble ?

Si ces mammifères vivent ensemble c’est parce qu’ils sont plus forts ainsi. Ces regroupements, échanges de services et autres collaborations sont essentiels pour leur survie. Cette vie en communauté est l’une des caractéristiques marquantes de ces quatre espèces mais chacune n’a pas recours à ces rassemblements pour les mêmes raisons.

Les orques par exemple, sont des cétacés très soudés pour chasser de manière plus efficace quand les dauphins, grégaires, renforcent la cohésion du groupe en jouant et sociabilisant.

En s’associant, les cachalots augmentent, quant à eux, leurs chances de reproduction grâce à des clans de célibataires ». Les femelles cachalots ont mis en place un système de « nurseries » pour la chasse : quand certaines descendent en profondeur pour se nourrir d’autres restent en surface assurer la sécurité des plus jeunes. Tous ces moments passés ensemble développent leurs capacités à échanger et communiquer d’innombrables informations sur le milieu où ils vivent, sur ses ressources et ses dangers.

Les témoignages d’experts :

Charlotte Curé, chercheur au laboratoire Cerema (Strasbourg, France), est spécialisée en communication acoustique. Elle dévoile ici comment les différentes espèces réagissent à la diffusion d’émissions sonores que ce soit pour se protéger des prédateurs ou pour s’alimenter.

Sally Mizroch, chercheur au National Marine Mammal Laboratory (Seattle, USA), s’intéresse aux déplacements des cachalots. Sur de très grandes distances, ils suivent les mouvements des grands calmars, leur nourriture privilégiée.

Le saviez-vous ?

Les cachalots sont les plus grands cétacés à dent. Les mâles mesurent en moyenne 12 à 18m à l’âge adulte et pèsent entre 20 et 70 tonnes. Ils ont le plus lourd cerveau (8kg) des espèces vivantes sur Terre.

PARTIE 3 : Comment les cétacés structurent leurs sociétés ?

Les sociétés de cétacés ne sont pas apparues sur Terre telles que nous les connaissons aujourd’hui. Elle se sont structurées progressivement, de génération en génération, par l’héritage, la culture, l’apprentissage et l’évolution de leur environnement.

Sauts, frappes de nageoires, chants, cris … La communication des cétacés passe par de nombreux signaux qui leurs sont propres et que les scientifiques ont progressivement appris à décrypter. Ces outils sensoriels constituent une véritable culture que chaque petit cétacé reçoit de ses parents et/ou de ses congénères par interaction ou par imitation.

Les techniques de chasse se transmettent elles aussi : lobtail hunting chez la baleine à bosse, utilisation d’une éponge chez les dauphins, échouage partielle chez les orques…

Le saviez-vous ?

Les baleines à bosses ont une technique de chasse très particulière. Elles créent des rideaux de bulles pour piéger les bancs de poissons. Mais les scientifiques ont noté l’apparition d’une nouvelle technique de chasse, consistant taper avec la nageoire caudale pour effrayer les poissons. Ces derniers se regroupent en banc, et la baleine peut alors plus facilement engloutir l’ensemble.

PARTIE 4 : Comment les activités humaines impactent les sociétés des cétacés ?

Jeux de nage partagés avec des dauphins, nageoire de baleine qui se replie au passage d’un plongeur… société humaine et sociétés de cétacés ne sont pas si étrangères l’une à l’autre.

Pourtant, les activités humaines influent sur les cétacés, à différent niveaux : de perturbations mineures jusqu’à leur destruction. Des règlementations existent actuellement pour protéger leur population et leur environnement et de nombreuses institutions et organisations œuvrent aujourd’hui pour la conservation des océans et la protection des cétacés.

Ici, l’exposition présente à travers de nombreux témoignages d’experts des solutions pour que les citoyens de l’océan survivent à la multiplicité des activités humaines : développement de programmes de conservation et de régulation des activités économiques en mer, réduction de sa consommation de plastique, gestion des nuisances sonores sous-marine… qu’il s’agisse d’activité à une échelle individuelle ou globale, il est urgent d’agir !

Les témoignages d’experts :

Yulia Ivashchenko, chercheur au National Marine Mammal Laboratory, donne les résultats importants de son étude sur la chasse à la Baleine industrielle au 20e siècle. Ces derniers permettent de mieux comprendre comment ces cétacés ont été décimés au siècle dernier, et l’urgence de mettre en place un moratoire international.

Hélène Peltier, chercheur au laboratoire Pelagis (La Rochelle, France), travaille pour le réseau national d’échouage. Elle détaille les différentes causes possibles expliquant les échouages et explique la méthode à suivre lorsque l’on découvre un cétacé échoué sur une côte.

 

BALEINOPOLIS, LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DES CÉTACÉS

Du 28 septembre 2019 au 8 juin 2020

Plein tarif : 7 € / Tarif réduit : 5,5 € gratuit pour les moins de 4 ans.

(inclus le billet d’entrée à l’Aquarium)

Du mardi au vendredi de 10h à 17h30, samedi et dimanche de 10h à 19h.

293, avenue Daumesnil – 75012 Paris

1, 2, 3… PLONGEZ !

www.aquarium-tropical.fr