Avec le variant anglais apparu en France mi décembre, variant de la Covid-19 qui serai jusqu’à 70% plus contagieux met à mal le Royaume-Uni et rend les pays plus vigilent. Il semblerai que les vaccins actuellement sur le marché soit tout aussi efficace. Mais il ne faut pas baisser la garde sur la campagne de vaccination.

Entre vaccins et variants : la course contre la montre

·       Le variant anglais VOC 202012/01 semble être le principal facteur d’accélération de l’épidémie au Royaume-Uni, en Irlande et peut-être au Danemark. Ce variant est apparu en France mi-décembre. Il est plus transmissible mais ne parait pas plus pathogène.

 

  • L’enquête Flash réalisée sur le territoire français les 7 et 8 janvier 2021 montre qu’il représente environ 1% des nouveaux cas détectés.

 

  • Il est urgent de mettre en place une surveillance similaire à celle du variant VOC pour le variant sud-africain dénommé 501Y.V2 pour lequel on possède moins de données.

 

  • Les vaccins à ARNm semblent être actifs de façon comparable contre le variant

 

  • En France, une situation épidémiologique paradoxale : apparemment meilleure que dans d’autres pays européens, elle est néanmoins préoccupante. En effet, le nombre de nouveaux cas et les hospitalisations (conventionnelles et en soins intensifs) pour COVID- 19 augmentent lentement mais régulièrement depuis la mi-décembre alors qu’il y a déjà un taux d’occupation élevé des lits d’hôpitaux et que nous sommes en couvre-feu depuis le 15 décembre 2020. Ceci laisse peu de marge pour des hospitalisations supplémentaires.

 

  • La campagne vaccinale a débuté officiellement le 4 janvier 2021 en France. La stratégie actuelle repose sur la nécessité de gagner du temps pour vacciner le maximum de personnes à risque en raison de leur âge, de leur état de santé ou de leur profession, tout en limitant la vitesse de diffusion des variants sur le territoire français.

 

  • Le Conseil scientifique insiste sur le fait de pouvoir faciliter l’accès à la vaccination des personnes de plus de 65 ans qui ne peuvent pas se déplacer, s’inscrire sur des listes d’attente, les précaires ou loin des systèmes de Pour ce faire, il faut leur offrir des possibilités de vaccination à domicile dès que des vaccins plus faciles d’utilisation seront disponibles (notamment AstraZeneca et Johnson&Johnson).

 

  • Devant la situation préoccupante actuelle, le Conseil scientifique décrit plusieurs scénarios :
  1. Installer un couvre-feu national généralisé à partir de 18h ;
  2. Installer un couvre-feu national généralisé à partir de 18h ainsi qu’un confinement dans certaines régions ou métropoles plus à risque avec une restriction des déplacements inter-régionaux ;
  • Installer un confinement aménagé du même type que celui mis en place fin octobre ;
  1. Installer un confinement strict proche de celui mis en place en mars pour une période limitée suivie d’une période de couvre-feu.

La décision est politique et doit tenir compte d’autres enjeux que sanitaires, en particulier économiques et sociétaux.

Le Conseil scientifique préconise les scénarios 2 et 3, c’est-à-dire la mise en place d’un couvre-feu généralisé à partir de 18h, associé ou non, à un confinement dans les régions ou métropoles à risque, ou un confinement aménagé.

Quel que soit le scénario retenu par les autorités sanitaires, le Conseil scientifique conseille la mise en place d’une limitation des déplacements inter-régionaux et insiste sur la nécessité d’une large utilisation du télétravail.

 

  • Une recommandation forte d’auto-confinement doit être adressée à la population des personnes les plus âgées et présentant des comorbidités dès lors qu’elle n’est pas vaccinée durant la période des deux mois à

 

  • Le Conseil scientifique considère que les écoles, collèges et lycées ne doivent pas être fermés en l’absence de données nouvelles qui justifieraient cette Toutefois, une surveillance très active et réactive chez les élèves et les enseignants doit être mise en place, notamment pour identifier de possibles variants. En cas de détection d’un variant, la classe doit être fermée avec une stratégie très active de Tester-Tracer-Isoler incluant le milieu familial.

Pour les universités, il parait raisonnable d’envisager une reprise partielle du présentiel accompagnée d’une politique de tests et de dépistage très large et répétée compte tenu des conséquences psychiques actuellement observées chez les jeunes.

 

  • Le Conseil scientifique recommande des restrictions aux frontières avec le Royaume-Uni et l’Irlande, si possible dans le cadre d’une décision européenne concertée, ainsi qu’avec l’Afrique du Sud.

 

  • Les mesures barrières doivent continuer à être appliquées strictement tant que l’immunité collective acquise par la vaccination n’est pas suffisante dans la population.

Vaccins et variants : la course contre la montre

Les vaccins constituent un espoir majeur pour limiter l’impact voire résoudre en grande partie la pandémie COVID-19, mais pas avant l’été automne 2021.

 

  • Nous sommes à une période charnière, partagés entre l’espoir des vaccins et les inquiétudes associées au nouveau variant britannique. D’un côté, la vaccination des personnes fragiles peut diminuer l’impact de l’épidémie sur le système de santé à l’échelle de quelques mois. De l’autre côté, le variant britannique, plus transmissible, est susceptible d’accélérer la circulation du virus, et donc son impact sur le système de santé, dans les semaines et les mois qui viennent. Une course contre la montre s’engage donc entre d’une part l’effort de vaccination et d’autre part la pénétration du variant britannique dans la population française.

Une étude de modélisation présentée en annexe montre qu’on peut substantiellement réduire l’impact de l’épidémie de variant VOC si on réussit à la retarder et à vacciner entre temps un plus grand nombre de personnes fragiles. Par exemple, si, du fait du variant VOC, le taux de transmission augmente de 50% le 1er février, la campagne de vaccination pourrait permettre de diminuer la taille du pic d’hospitalisations de 20% contre 44% de réduction si l’on réussit à repousser la reprise épidémique jusqu’au 1er avril (voir Annexe 2).

 

  • En France, la campagne vaccinale a réellement débuté le 4 janvier 2021 avec en priorité les personnes âgées en EHPAD, les soignants de plus de 50 ans, les personnes de plus de 75 ans puis de plus de 65 ans. Le Conseil scientifique appuie fortement que le choix stratégique de vacciner en priorité les personnes à risques avec un bénéfice/risque évident et une stratégie de sauver des vies (voir plus loin).

 

–                          Le Conseil scientifique appuie également les recommandations récentes du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale du 7 janvier 2021 pour simplifier, élargir et accélérer la campagne de vaccination contre le COVID-19.

  • Bien que ne relevant pas de sa compétence, le Conseil scientifique est globalement conscient des enjeux opérationnels, logistiques mais aussi de capacité de production et donc de disponibilité quantitative à un temps donné des différents

 

  • Les données préliminaires épidémiologiques (réinfections impliquant le VOC) et virologiques (tests de neutralisation du VOC avec des sérums de patients infectés ou immunisés par le vaccin Pfizer notamment) sont rassurantes vis-à-vis du risque d’échappement immunitaire qui pourrait être lié aux substitutions N501Y ou aux délétions 69-70 et 141-145 (Xie et al. Neutralization of N501Y mutant SARS-CoV-2 by BNT162b2 vaccine-elicited sera. BioRxiv January 2021).

 

–                          Pour le virus sud-africain, l’efficacité des vaccins mRNA n’est pas complétement démontrée. Une approche originale pourrait être de privilégier une stratégie vaccinale régionale pour évaluer in vivo l’efficacité des vaccins actuels sur ce variant sud-africain.

 

  • Il faut souligner que l’impact des vaccins sur la transmission est possible mais pas encore démontré.

 

–                          Ainsi, l’enjeu majeur des semaines qui viennent est donc de vacciner le maximum de personnes à risque en raison de leur âge, de leur état de santé ou de l’exercice d’une profession de santé avant une diffusion du clone VOC pour réduire la survenue de formes graves et sauver des vies en particulier chez les personnes déjà très touchées par les deux premières vagues. In fine, cela permettrait également de protéger le système de santé.

 

  • Le Conseil scientifique insiste donc sur le fait de pouvoir faciliter l’accès à la vaccination aux personnes de plus de 65 ans qui ne peuvent pas se déplacer, s’inscrire sur des listes, appartenant à des groupes de précarité, loin des systèmes de soins, avec une possibilité de vaccination à domicile dès que des vaccins plus faciles d’utilisation seront disponibles, type AstraZeneca-Oxford ou peut-être Johnson & Johnson avec une seule injection.

Le groupe de Simon Cauchemez à l’Institut Pasteur a réalisé des travaux de modélisation pour mettre en lumière ces enjeux.

Trajectoire possible du variant britannique en France

Les données intermédiaires de l’enquête flash indiquent que 48 cas SGTF (S-gene target failure) ont été détectés parmi 2505 cas identifiés les 7 et 8 janvier 2021. La proportion de cas SGTF est donc estimée à 1.9% (intervalle de confiance à 95% : 1.4%, 2.6%). On estime qu’actuellement en France, à peu près 50% des cas SGTF sont infectés par le variant VOC. La proportion de cas infectés par VOC devrait donc se situer aux environs de 1% (IC 95% : 0.7%, 1.3%) les 7 et 8 janvier ce qui correspond à 191 (IC 95% : 143, 255) cas VOC par jour (39931 cas détectés les 7 et 8 janvier 2020).

L’analyse de l’épidémie britannique suggère que le variant britannique est 40-70% plus transmissible que les variants historiques (Voltz et al). Dans un scénario optimiste où la circulation des variants historiques reste stable dans les semaines et mois qui viennent (nombre de reproduction effectif Reff=1), la figure à droite montre comment le nombre de cas de VOC est susceptible d’évoluer selon l’hypothèse le taux de transmission augmente de 50%, 40% ou 70% du fait du nouveau variant. Le tableau ci-dessous montre le nombre de cas VOC attendus le 1er février et le 1er mars selon l’augmentation du taux de transmission associée au variant VOC. Par ailleurs, dans ce scénario où le nombre de cas de variants historiques reste aux environs de 20,000 par jour, la proportion de cas de variants britanniques parmi les cas français pourrait augmenter.

Bien entendu il s’agit de scénarios et non pas de prédictions ! Selon les mesures de contrôle qui seront mises en place, les dynamiques de croissance pourraient s’avérer très différentes de celles représentées ci-dessus.

 La vaccination pour sauver des vies : une urgence

  • Les vaccins constituent un espoir majeur pour limiter l’impact voire résoudre en grande partie la pandémie COVID-19, mais pas avant l’été automne 2021.

 

  • A court terme, la vaccination est pour l’instant le seul moyen médical de prévention des formes graves et des décès. Il est donc impératif de vacciner le plus rapidement possible une proportion significative des personnes de plus de 65 ans et/ou porteuses de comorbidités de façon à les protéger des formes La réduction du nombre de décès observés est directement liée à la proportion de personnes vaccinées.

L’objectif doit être de vacciner d’ici le printemps 70 % (12 millions de personnes) au moins de cette population de façon à avoir un impact significatif sur les hospitalisations et les décès d’autre part. Si lors de la deuxième vague (1/09/2020 – 04/01/2020), 50% de ces personnes avaient été vaccinées 14 000 décès hospitaliers auraient été observés au lieu des 25 000.

Un cas particulier est celui des EHPAD dans lesquels la circulation de variants plus contagieux représente un risque majeur. De ce fait, la vaccination dans ces établissements tant pour les résidents que pour les personnels doit être très fortement recommandée de façon à assurer un niveau de protection suffisante, ce qui nécessite une implication positive forte des soignants.

 

  • Le Conseil scientifique insiste donc sur le fait de pouvoir faciliter l’accès à la vaccination aux personnes de plus de 65 ans qui ne peuvent pas se déplacer, s’inscrire sur des listes, les précaires, loin des systèmes de soins, par des systèmes de vaccination à domicile dès que des vaccins plus faciles d’utilisation seront disponibles, type AstraZeneca-Oxford ou peut-être Johnson&Johnson avec une seule

 

  • Le Conseil scientifique insiste également pour que des recommandations claires soient données aux cliniciens qui prennent en charge les patients immunodéprimés au sens large (cancéreux, dialysés, transplantés, patients VIH+, patients traités par des immunosuppresseurs, immuno-modulateurs) pour expliquer quand et comment vacciner ces patients.

 

  • Le Conseil scientifique rappelle que l’efficacité des vaccins n’est pas démontrée pour réduire la transmission. La vaccination de la population plus jeune pour réduire la circulation du virus n’est donc pas un objectif immédiat.

Conseil scientifique