Depuis quelques semaines les 7 cas d’enfants nés sans bras ou sans mains dans l’Ain entre 2009 et 2014 et l’alerte donné par l’épidémiologiste du REMERA (registre des malformations en Rhône Alpes) restent sans explication et montre une fois de plus la défaillance de notre démocratie sanitaire et de notre système de surveillance.

 

Deux autres territoires sont concernés : entre 2007 et 2008, 3 enfants sont nés en Loire Atlantique avec le même type de malformations ; entre 2011 et 2013, 3 autres enfants sont nés avec des malformations génitales graves dans la région de Lorient.

A chaque fois, l’alerte est lancé par des médecins généralistes, des centre de surveillance locaux (REMERA) et les autorités sanitaires nationales sont prévenues (dans l’Ain dès 2014) sans que des mesures adéquates ne soient prises pour déterminer les causes (certainement d’origine environnementale -les autres facteurs d’explication ayant été écartés) de ces malformations dépassant sur un territoire restreint énormément la moyenne.

Par ailleurs, il faut savoir que le REMERA avait aussi alerté sur cet agrégat de malformations au moment du scandale de la Dépakine lorsque la presse s’intéressait aux augmentations inexpliquées d’anomalies congénitales. Suite à ce scandale, aucune leçon ne semble avoir été tirée.

Dans l’affaire des enfants de l’Ain, on apprend aussi que l’on assiste à un désengagement de l’État et de la Région Auvergne Rhône Alpes (présidée par Laurent Wauquiez) pour le financement du REMERA. Cela va dans le sinistre sens de l’histoire avec la Ministère de la santé qui souhaite réduire les centre de pharmacovigilance régionaux malgré les derniers scandales sanitaires (Levothyrox…). On voudrait tuer l’alerte, on ne s’y prendrait pas autrement.

Une nouvelle fois dans cette affaire, les autorités publiques sont dans le déni, Santé publique France estimant lors d’une réunion sur la question en 2016 que ces anomalies sur ces enfants sur 3 territoires différents sont certainement le fait du hasard. Scandaleux! Comme pour le sang contaminé, la Dépakine ou le scandale du Lévothyrox, on assiste toujours à un défaut d’information et de transparence sur les données de santé et l’usage qui en est fait. C’est cela qui explique la faillite de notre système de surveillance et les critiques répétées et légitimes sur la démocratie sanitaire.

J’exige pour répondre à cet impératif d’explication pour les familles des victimes et pour éviter d’autres scandales que :

  • Ces registres de surveillance des malformations régionaux (à l’instar du REMERA), qui ne couvrent aujourd’hui qu’un tiers du territoire, aient des moyens renforcés car il ont un rôle capital dans l’alerte ;
  • Et que l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) lancent au plus vite des études de terrain sur ces trois territoires où ont été repérés des agrégats de malformations d’enfants en étudiant le lien avec les intrants chimiques et pesticides utilisés par les paysans sur ces territoires ruraux.

 

Je me rendrai prochainement dans l’Ain pour rencontrer Emmanuelle Amar et les familles de victimes et mènerai la bataille sur le terrain législatif national et européen pour renforcer l’évaluation de l’impact sanitaire des produits chimiques utilisés dans l’agriculture intensive et renforcer la protection des femmes enceintes et des enfants.

 

 

Michèle Rivasi