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Le congrès 2016 de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO) vient de se terminer. Une édition qui a permis de confirmer des pistes prometteuses comme l’immunothérapie chez certains patients atteints d’un cancer et de mettre en avant des innovations dans les traitements « classiques » (chimiothérapies, hormonothérapie) et les thérapies ciblées. Explications avec le Pr Christophe Le Tourneau, oncologue médical, responsable de la médecine de précision à l’Institut Curie, de retour de Chicago.

 

L’immunothérapie confirme son intérêt dans plusieurs cancers

Des médicaments contre le cancer : l’immunothérapie. « Avec cette nouvelle classe de médicaments qu’est l’immunothérapie, on entrevoit une réelle possibilité de rémission prolongée pour certains patients », indique le Pr Le Tourneau.

Ces nouveaux médicaments ciblent non pas directement les cellules tumorales mais les cellules du système immunitaire pour l’amener à reconnaitre les cellules cancéreuses comme des cellules étrangères et à les détruire. Le premier médicament commercialisé a été l’ipilumumab, qui cible CTLA4, en 2012 pour le traitement du mélanome, suivis du nivolumab et du pembrolizumab, en 2014, dans le mélanome et le cancer bronchique, qui ciblent PD1/PDL1. Ces médicaments ne sont aujourd’hui approuvés que dans le cadre de cancers métastatiques. « S’ils sont globalement bien tolérés, ils peuvent être parfois assez toxiques, explique Christophe Le Tourneau, en déclenchant des réactions auto-immunes (le corps sécrète des anticorps contre lui-même), au niveau digestif notamment, qu’il faut alors traiter avec des corticoïdes ».

Une étude a confirmé les bons résultats de l’immunothérapie chez des patients atteints de mélanome métastatique. Trois ans après les traitements, 40% des patients sont encore vivants. « Avec le recul disponible aujourd’hui, on peut imaginer que cette survie va se prolonger longtemps », estime le Pr Le Tourneau. Même si l’on ne parle pas encore de guérison, certains patients semblent véritablement aujourd’hui en rémission.

Des essais d’immunothérapie pour d’autres types de cancers donnent également de premiers résultats intéressants. Cancers de la vessie, du poumon (à petites cellules), des surrénales, de l’estomac ou encore du système digestif sont ainsi concernés par des essais cliniques d’immunothérapie.

Le taux de réponse au traitement est souvent plus bas que pour le mélanome, entre 10% et 20%. En revanche, les patients pour lesquels le traitement fonctionne voient leur espérance de vie véritablement prolongée. « On manque encore de recul, note Christophe Le Tourneau, mais la réponse semble durable, là aussi ».

Autre axe de recherche en immunothérapie pour lutter contre le cancer : les chercheurs s’attachent aujourd’hui à comprendre pourquoi certains patients répondent mieux que d’autres à ces traitements. Plusieurs biomarqueurs sont en cours d’évaluation mais aucun n’est suffisamment sensible et spécifique pour être utilisé. Cette étape est cruciale « d’autant que les traitements coûtent cher, souligne le Pr Le Tourneau. Cela éviterait surtout de donner un traitement inutile et potentiellement générateur d’effets secondaires aux patients.

« Les défis des années à venir consisteront à définir de façon plus précise quels sont les patients susceptibles de répondre à ces traitements administrés en monothérapie, et quels sont les patients chez qui des associations seront nécessaires, que ce soient des associations de plusieurs immunothérapies ou avec des thérapies ciblées, des agents de chimiothérapie ou encore avec la radiothérapie », indique Christophe Le Tourneau.

En savoir plus Immunothérapie : les spécialistes de l’Institut Curie présentent leurs résultats à l’ASCO http://curie.fr/actualites/immunotherapie-specialistes-l%E2%80%99institut-curie-presentent-leurs-resultats-l%E2%80%99asco-2016-007270

L’innovation continue dans les traitements « classiques » et les thérapies ciblées

Les traitements plus classiques, tels que la chimiothérapie ou l’hormonothérapie, ou encore les thérapies ciblées ne sont pas en reste en termes d’innovations. Quelques exemples :

Dans le glioblastome, une tumeur du cerveau particulièrement agressive souvent traitée par radiothérapie, un essai européen de phase 3 vient de montrer un bénéfice pour ces patients lorsqu’on ajoute de la chimiothérapie.

En savoir plus http://www.ascopost.com/News/41614

Une nouvelle association de chimiothérapie a également été testée, avec de bons résultats, pour le cancer du pancréas. « La combinaison du Gemzar et du Xeloda s’est avérée plus efficace que le Xeloda seul après chirurgie. Ces deux traitements ne sont pas nouveaux, mais leur association permet de diminuer le risque de récidive », souligne le Pr Le Tourneau.

En savoir plus https://www.asco.org/about-asco/press-center/news-releases/chemotherapy-combination-capecitabine-extends-survival-after

Dans les cancers du sein, un vaste essai canadien confirme que, pour les femmes atteintes d’un cancer du sein hormono-sensible, poursuivre l’hormonothérapie pendant 10 ans au lieu de 5 augmente les chances de survie sans rechute.

En savoir plus https://www.asco.org/about-asco/press-center/news-releases/ten-years-hormone-therapy-reduces-breast-cancer-recurrence

Quant aux thérapies ciblées, une seconde génération de traitements est en train de voir le jour, dans l’optique de contourner les résistances aux premières thérapies ciblées qui se développent au bout d’un certain temps de traitement. Les résultats préliminaires de l’essai MyPathway vont également dans le sens des résultats obtenus dans SHIVA, retrouvant des patients qui répondent à des thérapies ciblées en dehors de leurs indications sur la base d’altérations moléculaires détectées.

En savoir plus sur l’étude http://abstracts.asco.org/176/AbstView_176_166427.html

En savoir plus sur la médecine de précision http://ecancer.org/news/9531-asco-2016–precision-medicine-approach-may-expand-therapeutic-options-for-patients.php

La santé connectée pour augmenter les chances de survie

 

Une équipe française a montré comment une application connectée peut jouer un rôle crucial dans la prise en charge des patients.  Grâce à l’application Sentinel, des patients atteints de cancer du poumon énuméraient régulièrement leurs symptômes. Si ceux-ci étaient indicateurs d’une rechute, leur rendez-vous avec le médecin et le scanner pouvaient être avancés : en cas de rechute avérée, les patients, détectés plus tôt, pouvaient alors plus facilement recevoir un nouveau traitement. Ainsi, 100% des rechutes ont été détectées grâce à cette application, aboutissant pour le groupe test à un taux de survie de 25% supérieur au groupe témoin, qui n’utilisait pas l’outil.

En savoir plus sur l’application Sentinel http://tumblr.fhp.fr/post/116999663136/au-mans-lapplication-sentinel-du-dr-denis-donne

 

 

Et demain, les nanoparticules ?

 

Pour Christophe Le Tourneau, il existe de nombreuses autres approches thérapeutiques en cours d’évaluation. Le prochain congrès de l’ASCO pourrait bien faire la part belle à une autre approche porteuse d’espoir : les nanoparticules. « Il s’agit d’injecter directement dans la tumeur ces nanoparticules, qui vont démultiplier l’effet de la radiothérapie sur les cellules cancéreuses », explique le médecin. Ainsi, non seulement la radiothérapie pourrait détruire de manière encore plus efficace les cellules cancéreuses, mais cela permettrait également d’en réduire les doses, et ainsi de préserver encore plus les tissus sains.

L’Institut Curie dirige actuellement deux essais internationaux avec cette nouvelle approche, l’un dans les cancers ORL et l’autre dans les sarcomes.