L’introduction récente des autotests peut modifier significativement les conditions de dépistage des personnes asymptomatiques. Bien utilisés, les autotests peuvent devenir un atout pour la gestion l’épidémie, à la condition que leur usage soit expliqué, et en particulier sur leur dimension relevant d’une stratégie de dépistage a visée de Santé Publique.

Les autotests COVID-19 (appelés autotests antigéniques ou ATAG) sont des dispositifs d’utilisation simple, qui présentent des niveaux de performance proches de celles des tests rapides, ne nécessitant pas un opérateur professionnel, et dont la réalisation est totalement a-traumatique, ce qui en facilite l’usage.

 POURQUOI LES AUTOTESTS ?

Dès le début de l’épidémie, il est apparu qu’une capacité diagnostique renforcée identifiant rapidement les cas symptomatiques accompagnait le contrôle du risque infectieux par l’isolement des cas confirmés et la rupture des chaines de transmission (logique de la stratégie Tester-Tracer-Isoler ou TTI). La réussite de cette stratégie « diagnostique » est conditionnée par l’accès simplifié aux tests, le rendu rapide du résultat, et l’acceptation de la logique d’isolement immédiat. Elle dépend aussi de la volonté de se faire tester lorsqu’on est symptomatique. Actuellement, la capacité diagnostique en France atteint 500 000 tests par jour, un niveau très élevé.

Cette logique « diagnostique » ne permet pas la détection de personnes infectées asymptomatiques (autour de 40%) qui sont responsables d’une circulation « silencieuse » du virus, circulation responsable d’une part significative des transmissions, notamment chez les plus jeunes (moins de 20 ans) et plus particulièrement depuis l’apparition du variant anglais (lignage B.1.1.7 dit variant « anglais »). Cette détection n’est possible que par une approche complémentaire de « dépistage » systématique non orienté par la clinique. C’est dans cette approche que se positionnent les autotests ATAG (autotests antigéniques).

Avec un accès libre, l’utilisation des ATAG sera perçue comme une opportunité d’« empowerment » à l’échelle individuelle, et pourra de fait renforcer le contrôle de la circulation du virus, notamment dans les populations non ou peu vaccinées. A ce titre, il est nécessaire de commencer à décrire des « situations » pouvant justifier et la réalisation de ces ATAG, en expliquant les atouts et les limites. Cet avis du Conseil scientifique vient aussi compléter l’avis de la Haute Autorité de Santé du 15 mars 2021.

LE     CONTEXTE      SPÉCIFIQUE      DES     ÉCOLES : ACCOMPAGNER     LA RÉOUVERTURE

La reprise épidémique liée au variant anglais dès janvier 2021 a nécessité début avril la mise en place de mesures de confinement national associées à la fermeture des écoles, collèges et lycées. Dans ce contexte, et par anticipation de la période qui va conduire à la réouverture des classes, les ATAG pourraient permettre de faire un suivi à la fois renforcé et systématique de la circulation virale dans les écoles lors de leur réouverture, permettant un dépistage rapide des enfants ou adultes porteurs asymptomatiques du virus, freinant de fait la diffusion du virus tant en milieu scolaire que dans les familles des enfants (voir ci-dessus).

Cette surveillance renforcée ne sera efficace que s’il est possible d’emporter l’adhésion à une stratégie cohérente, en décrivant précisément (1) les conditions d’accès aux tests, (2) la conduite à tenir en matière de fréquence de tests (rythme des autotests) et (3) les mesures à appliquer selon les situations rencontrées (cas isolés d’élèves ou d’adultes, cas groupés). Selon les données de modélisation, il apparait qu’un rythme de 1 à 2 tests par semaine avec une participation d’au moins 75% des élèves permettent d’avoir un impact très significatif sur le risque de diffusion scolaire du virus. Ce dépistage est à prévoir dans la durée, durant les vacances scolaires d’été dans les centres aérés et camps de vacances et au-delà à la rentrée scolaire de septembre car à cette date, les enfants d’âge scolaire seront le dernier groupe d’âge n’ayant pas eu accès à la vaccination, ce qui va entrainer un risque significatif de circulation du virus en milieu scolaire.

Un atout pour la gestion de la pandémie

Bien utilisés, les autotests peuvent devenir un atout pour la gestion l’épidémie, à la condition que leur usage soit expliqué, et en particulier sur leur dimension relevant d’une stratégie de dépistage a visée de Santé Publique. Cette pédagogie concerne tant la réalisation du test (technique de prélèvement, réalisation du test et lecture du résultat), que les conditions de leur utilisation (test de dépistage chez une personne asymptomatique). Ils seront un élément complémentaire majeur du contrôle de la circulation des virus, par leur capacité à détecter rapidement une personne contagieuse asymptomatique.

La stratégie de leur utilisation doit être construite, avec une montée en charge progressive, en définissant des priorités. Elle doit s’intégrer et s’appuyer sur les autres outils de dépistage existant déjà (prélèvements salivaires analysés par PCR), et tout résultat positif devra être confirmé par un test diagnostique de confirmation (PCR).

Il faut anticiper que l’appropriation de ces tests par la population Française peut être importante, accélérée par la notion d’une gestion pragmatique et personnelle du risque viral, et finalement d’une responsabilisation individuelle. Cette appropriation sera un atout, et le niveau d’utilisation des ATAG sera directement conditionné par la lisibilité de la stratégie de leur déploiement.

LA PRIORITÉ D’UTILISATION DE CES AUTOTESTS : UNE STRATÉGIE DE DÉPISTAGE DANS LE MILIEU SCOLAIRE DES LA RÉOUVERTURE

Une promotion autour du principe d’utilisation et de l’impact en termes de sécurisation et de maintien des activités scolaires dès la réouverture fin avril/début mai doit permettre d’entrainer une adhésion des familles et de la communauté éducative. A ce titre, il sera utile de s’appuyer sur les Fédérations de Parents d’élèves. La valeur ajoutée de ce dépistage scolaire et les attentes (niveau d’adhésion nécessaire et rythme de prélèvement) devront être expliquées à l’ensemble des acteurs, et la ressource en autotests disponible organisée et sécurisée.

Ce déploiement de dépistage par autotest en le milieu scolaire doit aussi être prévu pour la rentrée scolaire de septembre 2021. Cette politique de dépistage est à prévoir au moins pour le trimestre scolaire de l’automne 2021, en attendant d’avoir une possibilité de vacciner les enfants d’âge scolaire, si elle est mise en place.

Une approche différente devra être proposée pour les enfants de maternelle et de primaire (moins de 12 ans), et pour les enfants du collège et du lycée (plus de 12 ans).

  • Pour les enfants des collèges et lycées, l’ATAG est adapté et devra se déployer dans un premier temps avec un apprentissage sur site (une ou deux fois), puis la réalisation se fera à domicile sous le contrôle des parents. Le développement d’une plateforme numérique sécurisée enregistrant les résultats des tests, ou tout autre mode de communication précisant la réalisation du test et son résultat (exemple carnet de correspondances) devra être proposé.
  • Pour les enfants de maternelle ou de primaire, soit l’ATAG est possible et devra se déployer avec l’aide des parents, si possible à domicile avant l’arrivée à l’école, soit en alternative, il sera maintenu les tests PCR sur prélèvement salivaire en lien avec un laboratoire de biologie, avec l’écueil du délai de réponse retardé par rapport aux ATAG (en fonction des recommandations de l’HAS fin avril sur le prélèvement nasal).

Un logigramme expliquant la logique de l’utilisation des ATAG et la conduite à tenir en fonction des résultats est proposé en annexe.

Le risque lié aux enfants d’âge scolaire restera élevé pendant la période des vacances d’été

La sécurisation des centres de loisirs, des clubs et colonies de vacances devrait s’organiser autour de la même logique que celle utilisée à l’école. Cette logique de dépistage itératif pendant l’été (surveillance couplée enfants et encadrants) devrait être expliquée, appropriée et organisée par les gestionnaires de ces lieux de regroupement des enfants.

LA SÉCURISATION SANITAIRE AUPRÈS DES PERSONNES LES PLUS FRAGILES : LA SECONDE PRIORITÉ D’UTILISATION

Les tests pourraient être proposés pour les personnels médico-sociaux (hors structure EHPAD et EMS) encore non vaccinés et intervenant au contact des personnes les plus fragiles qui ne sont pas elles-mêmes toutes vaccinées.

D’AUTRES SITUATIONS JUSTIFIENT UN DÉPLOIEMENT RAPIDE ET UN L’ÉLARGISSEMENT PROGRESSIF ET SÉQUENTIEL DE L’UTILISATION DES AUTOTESTS.

Enfin, cette utilisation des autotests pourrait aussi être proposée dans le domaine non- professionnel (regroupements familiaux festifs, autres types de regroupement) ou professionnel (entreprises).

Au total, en permettant « d’aller vers » l’apparition de ces autotests peut devenir une réelle opportunité de dépistage et de réduction du risque, renforçant la politique de diagnostic et de suivi épidémiologique des cas confirmés. D’un point de vue opérationnel, cette utilisation ne peut être durable et donc efficace que si la déclinaison de l’utilisation des ATAG est organisée, progressive, sécurisée et intégrée.

Leur utilisation devrait aussi être accompagnée par des études en vie réelle, permettant de mesurer l’efficacité des mesures proposées (exemple, suivi de cohorte des écoles ayant des taux de participation à des niveaux différents), a des fins de connaissance pour l’avenir.

Il sera aussi nécessaire de réfléchir sur la possibilité d’une inscription du résultat du test de dépistage ATAG sur un éventuel « pass sanitaire » ou sur les nouvelles fonctions de l’application TousAntiCovid.

 

Bibliographie :

  • Discussion avec Sabrina Heitzer, Ministère de l’éducation autrichien, le 31 mars 2021 à propos de l’expérience autrichienne de l’utilisation des autotests à l’école.
  • Larremore et al., Sci. Adv. 10.1126/sciadv.abd5393 (2020)

 

  • Haute Autorité de Santé. Avis n° 0015/AC/SEAP du 15 mars 2021 du collège de la Haute Autorité de santé relatif à la détection antigénique rapide du virus SARS-CoV-2 sur prélèvement nasal (TDR, TROD et autotest). Disponible sur : https://www.has- sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021- 03/ac_2021_0015_tdr_trod_autotest_antigeniques_nasal_salivaire_sars-cov-2.pdf

 

 

 

  • Pickering et Comparative performance of SARS CoV-2 lateral flow antigen tests demonstrates their utility for high sensitivity detection of infectious virus in clinical specimens. Preprint from medRxiv. 02 Mar 2021. DOI: 10.1101/2021.02 27.21252427 PPR: PPR290626

 

 

 

  • Torjesen, (2021). What do we know about lateral flow tests and mass testing in schools? MJ 2021; 372 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.n706 (Published 19 March 2021)

 

 

Conseil Scientifique