Contestant le pass vaccinal, un « convoi de la liberté » s’organise sur les réseaux sociaux pour bloquer Paris à partir du 11 février. Des centaines de camions sont partis mercredi. Mais la préfecture de police de Paris interdit l’entrée des convois dans la capitale.

(Mise à jour le 10 février) Les manifestants anti-mesures sanitaires au Canada avec  » le convoi de la liberté  » sont devenus les nouveaux héros des conservateurs et des opposants aux restrictions sanitaires et vaccinales qui appellent à amplifier la mobilisation, de New York à la Nouvelle-Zélande. En France, des groupes sur Télégram et une page Facebook, également baptisée « Convoi de la Liberté » suivie par plus de 275.000 personnes, appellent les opposants aux mesures sanitaires très restrictives mises en place par le gouvernement à rallier Paris dimanche, pour faire le siège de la capitale.

 

Les antivax et les gilets jaunes passent à l’action

Contrairement au Canada, cette mobilisation n’émane pas des chauffeurs routiers. Le mouvement s’inscrit dans la lignée des « gilets jaunes », qui, avant la pandémie, dénonçaient la précarité et exprimaient le sentiment de ras-le-bol d’une partie de la population face au coût de la vie. Dans leur viseur encore une fois: la politique du président Emmanuel Macron avec l’occupation de la voie publique comme mode d’action.

La contestation a été relancée par les anti-vaccins et les opposants à la parole publique et politique dans la gestion de la crise.

D’après Christophe Castaner, Président du Groupe LaREM à l’Assemblée nationale, les « quelques dizaines de milliers de personnes » qui formaient le mouvement des « gilets jaunes » étaient soutenus par les français car « leurs interrogations étaient considérées comme justes« . « Là, ce n’est pas le cas« , affirme-t-il, précisant qu’il est « bien mal nommé de parler de convoi des libertés quand on cherche à bloquer Paris et les Français« . « Personne ne sait qui est à l’origine du mouvement. Ce sont des femmes et des hommes qui pour certains sont complotistes« 

L’un des organisateurs du convoi français, Rémi Monde, qualifie le mouvement canadien de « très inspirant ». Sur Facebook, il a dénoncé pêle-mêle « les restrictions, le pass sanitaire, l’augmentation du prix de l’énergie, le coût de la vie et le recul (de l’âge) du départ à la retraite », des revendications qui rappellent celles des « gilets jaunes ».

Il a aussi dénoncé les tentatives de récupération par des responsables politiques, notamment d’extrême-droite, soulignant que la mobilisation était « apolitique ».

Inspirés également par les camionneurs canadiens, à New York, plusieurs centaines d’employés municipaux ont manifesté lundi contre la décision de la ville de limoger à partir de vendredi ceux qui refusaient la vaccination contre le Covid-19. Ils dénonçaient « la tyrannie médicale et la vaccination obligatoire », arborant un grand drapeau du Canada.

La veille, une centaine de chauffeurs routiers avaient manifesté dans l’Alaska contre la vaccination obligatoire, en soutien à leurs collègues de l’autre côté de la frontière.

Initié fin janvier par les camionneurs canadiens qui dénonçaient l’obligation vaccinale pour traverser la frontière avec les États-Unis, le « Convoi de la liberté » s’est rapidement transformé en protestation contre les mesures sanitaires dans leur ensemble au Canada et, pour certains manifestants, contre le gouvernement de Justin Trudeau.

Partis de Vancouver, des centaines de camions bloquent depuis plus d’une semaine le centre de la capitale canadienne, Ottawa, où le maire a décrété l’état d’urgence pour faire face au blocus.

Convoi de la liberté, le gouvernement prend « les choses au sérieux »

Malgré le fait que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a  indiqué ne pas avoir de renseignement sur « des proportions qui seraient importantes« , le gouvernement a annoncé prendre « les choses au sérieux » et est prêt à prendre des mesures nécessaires si besoin.

« Ce qui est certain, c’est que nous mettons les moyens de renseignement et d’action si jamais des gens voulaient bloquer la liberté des uns et des autres, surtout un accès à la capitale. Donc les moyens sont importants, la réponse de l’État sera extrêmement ferme si c’est le cas« , a indiqué Gérald Darmanin, mardi 8 février sur BFMTV .

Sur franceinfo, la police a déclaré mardi que « la préfecture de police sera destinataire des informations sur les mouvements qui remonteront des services de renseignements territoriaux pour avoir une estimation du phénomène ». Et confirme qu’il est « un peu tôt pour savoir si cela sera suivi ». « Ce mouvement n’étant porté par aucune organisation syndicale, il est possible qu’il soit peu suivi », poursuit la même source. Le cas échéant, « un dispositif de détection de blocages des accès à l’Ile-de-France et à la capitale et un dispositif de verbalisations seront bien sûr mis en place ».

La préfecture de police de Paris a pris un arrêté interdisant le « Convoi de la liberté » qui doit rejoindre la capitale vendredi. « L’objectif affiché de ces manifestants serait de bloquer la capitale en entravant la circulation routière dans les rues de Paris pour promouvoir leurs revendications, avant de poursuivre leur périple en direction de Bruxelles le lundi 14 février », précise la préfecture dans un communiqué.

Que risquent les personnes du convoi de la liberté ?

Le préfet de police a donné « des consignes de fermeté » aux policiers et a rappelé qu’entraver la circulation est passible d’une peine de deux ans d’emprisonnement, de la mise en fourrière du véhicule, d’une amende de 4.500 euros,  de la réduction de moitié du nombre de points du permis de conduire et de sa suspension pour une durée maximale de trois ans. « L’organisateur d’une manifestation interdite peut être puni de six mois d’emprisonnement et de 7.500 euros d’amende et les participants seront verbalisés avec une contravention de quatrième classe« , soit 135 euros, précise la préfecture de Police.

La préfecture de Police de Paris a dévoilé le dispositif sécuritaire entourant l’arrêté d’interdiction de manifestations des «convois de la liberté» qui court de vendredi à dimanche à Paris. Ce dispositif prévoit la mobilisation de 7.200 policiers et gendarmes sur les trois jours. Il permettra la sécurisation de la capitale ainsi qu’une multiplication des contrôles et des verbalisations des contrevenants.

Des contrôles auront lieu au niveau des péages mais également sur les principaux axes d’Ile-de-France. Ces contrôles auront pour but d’intercepter les véhicules et convois ayant décidé de braver l’interdiction de rassemblement.

La préfecture de Police rappelle que les personnes qui «persistent à vouloir rallier Paris» se mettraient hors-la-loi et risqueraient au titre de l’article L.412-I du Code de la route (délit d’entrave d’une voie ouverte à la circulation publique), de se voir punir de deux années d’emprisonnement, 4.500 euros d’amende, ainsi que la mise à la fourrière du véhicule, la perte de six points et la suspension du permis de conduire pour une durée de trois ans ou plus.