Déprogrammations de rendez-vous ; accès limités à certains équipements diagnostiques ; retards de diagnostics et de début de traitement ; reports d’interventions chirurgicales ; sécurité insuffisante dans des hôpitaux des parcours dédiés pour les personnes atteintes de cancer, les exposant à un risque de COVID-nosocomiale ; ruptures de la continuité des soins, parfois même à domicile… Les insuffisances de prises en charge des personnes malades du cancer constatées lors du premier confinement se répètent lors du second, aggravant leur situation.

La Ligue contre le cancer a recueilli de nombreux témoignages particulièrement alarmants – tant auprès des malades, de proches que de soignants – qui démontrent un grand nombre de parcours de soins entravés et de dépistages retardés.

Après avoir vécu une situation particulièrement difficile lors du premier confinement, force est de constater que l’absence d’anticipation des pouvoirs publics en amont du second confinement exacerbe toutes les difficultés rencontrées par les malades et les proches.

La Covid-19 et sa gestion : au-delà des pertes de chances, le risque de milliers de morts supplémentaires par cancer dans les cinq années qui viennent

Au printemps, le premier pic de la Covid-19 avait pris tout le monde par surprise. La reprise épidémique à l’automne était crainte par tous, mais annoncée et modélisée depuis le mois d’août. Des dispositions auraient dû être appliquées pour que la continuité de la prise en charge et du traitement des autres maladies que la Covid-19, notamment les cancers, soit assurée. Aujourd’hui, le constat est sans appel : la situation n’est pas meilleure mais pire qu’au printemps, les retards et les reports s’accumulent et se cumulent même parfois avec ceux de la première vague épidémique tandis que les professionnels de santé sont à bout de force.

Parcours de soin entravés, deux fois moins de cas détectés : agir pour éviter l’hécatombe

Pour le Professeur Axel Kahn, Président de la Ligue contre le cancer « il n’est pas possible d’attendre la fin de la seconde vague ou un vaccin pour agir ; les dépistages ne doivent pas être arrêtés malgré le confinement et tous les examens indispensables doivent être accessibles. Il est sûr que des dizaines de milliers de cancers ne seront pas détectés d’ici la fin de l’année. A terme, cela représente des milliers de morts qui auraient pu être évités par une prise en charge précoce. Les personnes malades du cancer ne doivent pas être les sacrifiés collatéraux de cette épidémie. Les pouvoirs publics doivent lancer une grande campagne de communication pour rassurer les malades sur les parcours de soin, inciter au dépistage, nous le devons aux malades et aux proches, au bord du burn out. Les pouvoirs publics doivent surtout, sur tout le territoire, sécuriser des lieux aptes à assurer la continuité des diagnostics, des traitements et des parcours de soins des personnes malades du cancer, à l’abri des risques de COVID-nosocomiale ».

Dans cette situation particulièrement difficile, la Ligue entend tout faire pour être à la hauteur de sa vocation et tenir son serment :

·        Accompagner, répondre, conseiller les personnes malades du cancer et leurs proches : notamment à travers son dispositif téléphonique COVID CANCER. Les appels sont traités par des personnels dédiés (cellule psychologique, équipe médicale) :  0 800 940 939 ou sur son site Ligue-cancer.net ; un forum dédié y est actif 24 heures sur 24, 7 jours sur 7

·        Agir avec détermination auprès des autorités de santé pour les protéger, faire valoir leurs droits

·        Exiger une sanctuarisation médicale et hospitalière de la prise en charge des personnes malades du cancer

Quelques exemples des nombreux témoignages reçus par la Ligue contre le cancer :

« Je n’ai pas fait mes dépistages car non distribution du courrier et centres de radiologie peu accessibles »

« Mon premier RDV avec mon urologue à l’hôpital X pour la prise en charge de mon cancer de la prostate (détecté en janvier 2020), prévu en avril, a été repoussé à fin juillet 2020 »

« Mon TEP-Scan prévu au mois d’avril à l’hôpital n’a pu être réalisé qu’en juillet. […] Une réserve sur ce point : s’il y avait eu une évolution des métastases, il aurait fallu changer de traitement plus tôt ».

« Pour un suivi d’un cancer du poumon stade 4, de très grandes difficultés pour prendre des rendez-vous pour scanner thoraco-abdomino-pelvien et IRM cérébrale, réponse du secrétariat : les rendez-vous sont réservés aux patients atteints par le COVID… »

« J’avais rendez-vous à l’hôpital X afin de discuter sur l’arrêt de mon hormonothérapie mais ce rendez-vous a été annulé… C’était quand même assez important pour moi. Du coup j’ai pris la décision seule… »

« Je devais faire une mastectomie bilatérale avec reconstruction par lambeau abdominale en avril 2020. Elle n’a pas été programmée. J’ai consulté mon chirurgien en octobre 2020. L’opération devrait être reprogrammée en avril 2021 »

« J’attends une intervention pour double reconstruction et avec une ablation des ovaires. Elle devait avoir lieu en décembre »

« Opérée en septembre 2019 d’un cancer de la vessie cystectomie avec mise en place type Briker. Scanner le 22/7/20 découverte d’un nodule sur le lobe gauche du poumon. PET-Scan le 16/09/20 pour confirmation ; le nodule est actif et a évolué depuis le scanner. Rendez-vous le 30/09/20 à St Joseph à Marseille pour intervention fixée au 30/10/20, mais déprogrammée le 28/10 fautes de places en réa et soins intensifs. Je comprends tout à fait la situation »

 Les personnes concernées ne doivent pas hésiter à témoigner sur le forum dédié sur le site de la Ligue : www.ligue-cancer.net, au 0 800 940 939 choix 4 ou à covidcancer@ligue-cancer.net