L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié, mardi, son rapport sur l’évaluation des risques liés au bisphénol A. Ce rapport vient compléter les travaux précédents, qui ont conduit la France à proposer, fin 2012, le classement de cette substance en « toxique pour la reproduction présumé » (Cat. 1B) et à interdire le bisphénol A dans les contenants destinés à des enfants de moins de trois ans dès 2013. Il sera interdit dans tous les conditionnements directement en contact avec les denrées alimentaires à partir du 1er janvier 2015. 

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Sources d’exposition de bisphénol A

Le bisphénol A (BPA) est un produit chimique utilisé couramment pour la fabrication industrielle de plastiques. Ces matériaux sont largement utilisés dans des produits de consommation courants comme les récipients pour l’eau et la nourriture. Ils rentrent notamment dans la composition de nombreux matériaux contenant des aliments, tels que 

– les produits de consommation en polycarbonate (biberons, vaisselle, récipients destinés au four micro-ondes et boîtes pour la conservation des aliments

– les emballages avec un film protecteur ou un revêtement époxy-phénolique (cannettes, boîtes de conserve et couvercles métalliques).

En moyenne, l’alimentation contribue majoritairement à l’exposition (84% pour la femme enceinte). Concernant les principales sources d’exposition alimentaires et quelles que soient les populations concernées, l’expertise identifie trois grandes catégories :

– Les produits conditionnés en boîtes de conserve1 qui représentent environ 50% de l’exposition alimentaire totale et se décomposant comme suit 35 à 45% pour les légumes; 10 à 15% pour les plats composés et produits à base de viande et de poisson.

– Certains aliments d’origine animale : autour de 17% pour les viandes, abats et charcuterie, entre 1 et 3% pour les produits de la mer.

– Une contamination diffuse dont l’origine n’est pas identifiée qui représente entre 25 et 30% de l’exposition alimentaire totale.

Il est très difficile en l’absence de mentions d’étiquetage précises sur les contenants d’être sûr de l’absence de bisphénol A. Toutefois, dans les cas les plus courants, les principes suivants permettent de déterminer les contenants alimentaires les plus susceptibles de constituer une source de bisphénol A Le rapport de l’Anses, s’appuyant sur des évaluations de l’exposition de la population (notamment des femmes enceintes) au bisphénol A, confirme les effets de cette substance et montre un risque potentiel pour l’enfant à naître des femmes enceintes exposées.

L’exposition est principalement par voie alimentaire -ce qui avait conduit aux mesures prises en 2012- mais l’Anses identifie d’autres modes de contamination par le bisphénol A, en particulier par contact cutané avec les tickets thermiques (tickets de caisse, reçus de carte bancaire), notamment dans un cadre professionnel.

 

Des risques avérés pour la santé

L’évaluation des risques du BPA conduite par l’ANSES a montré des risques sur :

         le développement cérébral,

         la glande mammaire, entrainant des cancers du sein accrus chez les bébés filles ayant été exposées in utéro

         le système reproducteur femelle, pouvant aller jusqu’à l’infertilité

         l’obésité

         le diabète

Vers l’interdiction du Bisphénol A d’ici 2015

Delphine BATHO, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie estime donc nécessaire de compléter les mesures pour prévenir les risques liés au bisphénol A et proposera dès les prochains mois à la Commission européenne l’interdiction du bisphénol A dans les tickets thermiques, dans le cadre de la réglementation REACH sur les produits chimiques. L’Anses, est dès aujourd’hui, chargée de préparer le projet de décision à soumettre à l’Union européenne.

Dès à présent, et sans attendre l’entrée en vigueur de la mesure, il est indispensable que les industriels s’engagent dans une démarche de substitution de cette substance, en portant une grande attention à l’innocuité des substituts auxquels ils auront recours. Le rapport de l’Anses souligne en effet les incertitudes et manques de données sur les substituts du bisphénol A que l’agence a examinés. Le ministère animera les échanges avec les parties prenantes pour accompagner cette substitution et permettre que la mesure d’interdiction soit effective dans les délais les plus brefs.

Ce nouveau rapport vient à nouveau souligner l’urgence d’agir sur les perturbateurs endocriniens. Le gouvernement, conformément à ses engagements de la conférence environnementale, y est résolu et poursuit la préparation d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. La mise en œuvre de cette stratégie se traduira par d’autres mesures de prévention sur les substances les plus préoccupantes ; le ministère a chargé l’Anses d’élargir son examen à plusieurs autres perturbateurs endocriniens suspectés.

 

 Adieu le bisphénol A!