Adrien Taquet, le nouveau secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, annonce en exclusivité dans La Croix qu’il va lancer un pacte pour l’enfance.

Le pacte pour l’enfance comportera trois priorités : l’accompagnement à la parentalité, la lutte contre les violences faites aux enfants et le sort des enfants placés.

La Croix : Vous avez été nommé fin janvier secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé et vous êtes en charge de la protection de l’enfance. Quelles sont vos priorités ?

Adrien Taquet : Je veux construire un nouveau pacte pour l’enfance. Je suis là pour incarner la priorité politique que le gouvernement veut donner à l’enfance. Je lancerai ce pacte avant l’été et il comportera trois piliers.

Le premier concernera la prévention. La meilleure façon de protéger les enfants, c’est de mieux accompagner les parents. Je réfléchis donc à un dispositif pour les 1 000 premiers jours, qui démarre au moment où vous apprenez la grossesse. Il ne s’agira pas seulement d’un accompagnement autour des questions de santé, mais il portera aussi et surtout sur les aspects éducatifs et de soutien à la parentalité.

Nous devons aussi avancer sur les maltraitances éducatives ordinaires, même si je n’aime pas ce terme. Sur la santé des tout-petits, il existe déjà des mesures, comme le recours à une sage-femme à domicile au retour de la maternité, mais elles ne sont pas assez développées. L’entretien prénatal précoce, remboursé à 100 % par l’assurance maladie, n’est pas assez utilisé. Nous réfléchissons également, en lien avec les départements, à renforcer le rôle des Protections maternelles infantiles (PMI) dans cet accompagnement.

Un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups d’un membre de sa famille. Que comptez-vous faire ?

A. T. : La deuxième priorité de mon plan sera la lutte contre toutes les violences faites à nos enfants et ce ne sont que les chiffres qui font l’objet d’une procédure judiciaire. Il faut mieux repérer les familles maltraitantes. On constate par exemple qu’il n’existe pas de fichier national sur les informations préoccupantes. Une famille repérée par les services sociaux qui déménage n’est pas suivie si elle déménage dans un autre département, ou pas assez vite. Cela doit changer.

Par ailleurs, nos enfants passent beaucoup de temps dans des lieux tels que les crèches, les centres de loisirs, les clubs sportifs, les associations… Je travaille avec les collectivités locales pour une meilleure qualité de prise en charge notamment via la formation du personnel. Nous réfléchissons aussi pour savoir comment informer les employeurs dont les salariés ont des contacts avec les enfants, en cas de condamnations pour agressions. Nous devons aussi avancer sur l’exposition des mineurs à la pornographie. On est en train de bâtir un plan interministériel global que j’annoncerai aussi d’ici l’été.

Enfin, la troisième priorité de mon pacte pour l’enfance, ce sera l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Actuellement de très nombreux jeunes placés à la suite de maltraitance familiale se retrouvent sans solution à 18 ans et parfois à la rue. La députée Brigitte Bourguignon porte une proposition de loi pour rendre obligatoires des « contrats jeunes majeurs » jusqu’à 21 ans. La soutenez-vous ?

A. T : Je tiens d’abord à dire que je ne peux que me réjouir de voir des parlementaires, des associations se mobiliser autour de cette question, jugée prioritaire par le gouvernement dès le lancement du plan pauvretéIl faut maintenant travailler sur le contenu du dispositif de sortie, qui diffère radicalement d’un département à l’autre.

J’ai donc confié à Brigitte Bourguignon une mission pour aller voir ce qui se fait de bien dans les territoires de façon à rendre ensemble sa proposition de loi encore plus ambitieuse et solide pour l’avenir des jeunes. Ce texte devrait être discuté avant l’été. Une fois qu’on aura identifié les bonnes pratiques, il faudra inciter les départements à les appliquer. Est-ce que ce sera par obligation ou par contractualisation ? Je pense que les départements auront intérêt à agir car, à défaut de solution, ces jeunes risquent de se retrouver dans des hébergements d’urgence, ce qui, outre le gâchis humain insupportable, coûte très cher. Il faudra aussi mieux mobiliser les dispositifs nationaux : les jeunes de l’ASE peuvent-ils avoir un accès prioritaire au logement social ? Est-ce qu’on peut envisager une garantie jeune adaptée à leur profil ?

Plus globalement, allez-vous réformer l’ASE  ?

A. T.  : Je me suis engagé à présenter aussi d’ici l’été, en lien avec les départements dont c’est la compétence, un plan plus global sur l’aide sociale à l’enfance. Au-delà de la question des sorties de l’ASE, il faut améliorer la qualité de la prise en charge des enfants protégés. Par exemple, un enfant placé connaît en moyenne sept lieux de placement. On doit travailler là-dessus comme sur la santé et la scolarisation des enfants protégés.

Je vais par ailleurs lancer une mission parlementaire sur l’adoption. Il y a des enfants placés dans des familles où l’adoption serait souhaitée, mais où ça ne se fait pas. Il faudrait rendre les choses plus faciles. Enfin, nous sommes conscients que certains départements ont des difficultés à exécuter les décisions de placement. Mais nous avons une mauvaise connaissance des raisons qui expliquent cette situation. La ministre de la justice Nicole Belloubet et moi avons lancé une mission pour faire des recommandations.

Les départements se plaignent du nombre de plus en plus important de jeunes migrants isolés, qu’ils doivent prendre en charge s’ils sont évalués mineurs. Qu’allez-vous faire ?

A. T.  : Il faut d’abord mettre en place tout ce qui a été décidé avec l’Association des départements de France l’an dernier. Les départements vont toucher d’ici quelques semaines un appui financier de 175 millions d’euros, ce qui correspond, pour la phase de l’évaluation de la minorité, à 500 € par jeune et, pour la prise en charge, à 6 000 € par mineur accompagné. Il y aura aussi une aide supplémentaire de l’État pour l’hébergement pendant l’évaluation. Tout ceci représente un effort significatif, sur une compétence qui reste pleinement départementale. Ensuite, nous souhaitons mettre en place des pôles régionaux pour mieux répartir les jeunes sur le territoire dès la phase de l’évaluation.

Un guide des bonnes pratiques va aussi être mis en place pour éviter des disparités trop importantes entre départements. Ces différences entraînent un nomadisme des jeunes qui, une fois déboutés quelque part vont tenter leur chance ailleurs. J’observe d’ailleurs que la grande majorité des départements avec qui j’en ai parlé attendent avec impatience l’application du décret en cours d’expérimentation qui institue un fichier national des jeunes migrants qui sollicitent la protection de l’aide à l’enfance. Quelques autres se sont déclarés gênés par ce décret. Avec eux, on pourra échanger sur les modalités d’application.

 

Lien vers l’article de La Croix sur le pacte pour l’enfance : https://www.la-croix.com/Famille/Enfants/Adrien-Taquet-Je-lancerai-lete-pacte-lenfance-2019-03-11-1201007989?from_univers=lacroix