Isolement des personnes âgées : la technologie resserre les liens

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Vivre plus pour vivre mieux ? L’isolement, la perte d’autonomie, la dépendance des personnes âgées sont de grands sujets sociétaux. Et la tendance est croissante : la population vieillit, l’espérance de vie augmente, les seniors sont de plus en plus nombreux. Mais avec ces nouveaux enjeux démographiques, viennent de nouveaux besoins. Ceux qu’on appelle les « elder orphans », âgés et isolés, génèrent de nouveaux enjeux technologiques, à mille lieux de l’incompatibilité qu’on leur prête. Et si le virtuel permettait enfin de se rassembler ?

 

Nouvelles tech’ et personnes âgées : le paradoxe ?

 

Ils sont âgés, ils vivent seuls. Leurs enfants, en plein dans la vie active, sont en moyenne à 250 km d’eux. Ils préfèrent vivre chez eux que dans des établissements médicalisés, onéreux, qui signent pour eux la fin d’une certaine autonomie. Si s’occuper de ses aînés est une valeur inscrite dans certaines cultures, l’Europe peine encore à développer de nouvelles solutions à leurs égards. Il y a néanmoins une véritable prise de conscience du vieillissement de nos parents, alors que les opportunités professionnelles nous poussent à vivre de plus en plus loin d’eux. L’IoT, les objets connectés, permettent de resserrer ces relations que les kilomètres peuvent distendre. Objets connectés et seniors sont-ils incompatibles ? A priori, oui. 66 % des Français pensent d’ailleurs que la difficulté des seniors à utiliser les nouvelles technologies de communication rend le maintien d’un lien plus difficile[1]. Et pourtant, l’évolution constante de la technologie entend bien lutter contre l’isolation de nos aînés en retissant le lien intergénérationnel.

Santé connectée : vers un marché de masse

Dans les années 90, le mobile était cher, et peu accessible. Aujourd’hui, tout le monde possède un smartphone. La santé connectée se destine à suivre inévitablement la même tendance. Seulement, une de ses cibles, les seniors, n’est pas technophile. Celle-ci a vécu avec la radio et la télé : la technologie ne fait donc pas partie de ses habitudes. Un des enjeux de la santé connectée actuelle est de savoir parler de besoins et non pas de fonctions, et pour cela, elle doit s’adapter à un public auquel elle n’est pas familière.

Si la santé connectée prétend, entre autres, répondre à l’isolement des personnes âgées, elle doit être en adéquation parfaite avec ces utilisateurs. L’iPhone l’a bien compris : un seul bouton, une multitude d’applications. Pour ce public, la simplicité est le mot d’ordre : la technologie lui est plus accessible si elle se dissimule, se minimalise. Depuis 15 ans, beaucoup de produits arrivent sur le marché avec une approche trop axée sur la technologie et pas assez sur le besoin. On ne peut pas donner un produit d’ingénieur à quelqu’un qui en a une utilisation sommaire. La santé connectée doit s’affranchir des manipulations physiques, ne pas donner lieu à un déverrouillage, ne pas être inesthétique, pour être optimisée. Pour être efficace, un objet connecté doit être adopté. Un défi que de jeunes marques, encore émergentes, commencent à relever.

75 % des dépenses de santé sont concentrées sur les 15 dernières années de vie. Dans ce cas, la santé connectée cible une population âgée et isolée, technophobe, mais à l’origine d’un besoin auquel le digital commence à apporter une réponse. Si celle-ci est relativement récente, elle souffre encore d’un manque de notoriété, d’explications, de crédibilité. Sans mastodonte des télécoms qui évangélise cette pratique, l’IoT relatif à la santé sensibilise peu. Dommage car elle peut incarner une réponse à un double problème : l’isolement de nos parents et notre éloignement durant leur perte d’autonomie. Comme si, pour une fois, la technologie apportait paradoxalement un peu d’humanité dans nos liens.

[1] Selon une étude Opinionway, Janvier 2017
[2] Selon la même étude, 90% des français considèrent que les nouvelles technologies peuvent être une solution pour rester en contact avec les personnes âgées, notamment afin de pouvoir intervenir en cas de besoin.

Olivier Lenoir

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